CHAPITRE 4 — Où les Égouts Ont un Goût de Complot
Dix-neuf heures à Nantes, fin novembre, c'est l'heure où la ville capitule. Les bureaux se vident comme des bouteilles le soir d'un divorce, les rames de tramway avalent et recrachent leur flot de banlieusards déprimés, et le ciel prend cette teinte de cendre mouillée qui donne envie de se jeter dans la Loire. Ou au moins d'y jeter quelqu'un.
J'étais posté sous l'abri de la station Médiathèque, les mains dans les poches de mon imperméable, observant les passants qui se pressaient sous leurs parapluies comme des fourmis cherchant à échapper à un déluge biblique. Le vent s'engouffrait sous l'abri en verre, faisant claquer les affiches publicitaires pour des forfaits mobiles "révolutionnaires" et des assurances-vie "sereines". L'ironie de la situation ne m'échappait pas.
J'avais laissé Félix au commissariat avec pour consigne de ne parler à personne et d'analyser les plans trouvés chez Lazare. Il m'avait regardé partir avec ses yeux de chien battu, et j'avais failli céder. Failli lui dire de m'accompagner. Mais le message avait été clair : "Venez seul." Et dans ce métier, quand on te dit de venir seul, c'est soit que quelqu'un veut te parler, soit que quelqu'un veut te tuer. Parfois les deux.
Je consultai ma montre. 19h02. J'étais en retard de deux minutes. Pas assez pour être impoli, juste assez pour montrer que je ne me laissais pas dicter ma vie par des messages anonymes.
Un jeune type en sweat à capuche noir s'approcha de moi. Quatorzième arrondissement écrit partout sur lui : baskets sales, jean trop large, visage masqué par un foulard qui sentait le tabac froid et l'adolescence rebelle. Il avait l'air d'avoir douze ans et de fumer depuis dix.
— T'es le flic ?
— Je suis le Pape François en civil. Bien sûr que je suis le flic. T'as un message pour moi, Gavroche ?
Le gamin me tendit un petit carton rectangulaire sans un mot, puis détala comme un lapin de garenne le jour de l'ouverture de la chasse. Sur le carton, un QR code. Rien d'autre. Pas de texte, pas d'explication. Juste ces petits carrés noirs et blancs qui ressemblaient à un puzzle pour daltoniens.
Je sortis mon smartphone — cette laisse électronique que l'administration m'impose — et scannai le code. L'écran afficha une carte. Pas une carte de la ville. Une carte des réseaux souterrains. Tunnels de maintenance, égouts pluviaux, anciennes galeries. Un point rouge clignotait, juste sous mes pieds.
La légende indiquait :
« ACCÈS MAINTENANCE — PUITS 42 — QUAI DE LA FOSSE »
Génial. Quelqu'un m'invitait à descendre dans les entrailles de Nantes. Dans les égouts. Parce qu'évidemment, une rencontre dans un café civilisé avec des croissants et du café décent, c'était trop demander. Non, il fallait que ce soit dans les égouts. Comme si ma journée n'était pas déjà assez merdique.
Je traversai la voie du tramway, manquant de me faire écraser par une rame qui klaxonna furieusement. Le conducteur me fit un doigt d'honneur. Je lui rendis la politesse. Les joies de la vie urbaine.
Le puits d'accès se trouvait derrière un transformateur électrique, dissimulé par des buissons malingres qui avaient renoncé à être décoratifs. Une trappe métallique rouillée, marquée d'un pictogramme de danger électrique. Quelqu'un avait forcé le cadenas. Récemment. Le métal brillait encore là où on l'avait coupé.
Je jetai un dernier regard autour de moi. Personne ne faisait attention. Les gens rentraient chez eux, occupés à consulter leurs téléphones, à éviter les flaques, à survivre à une journée de plus. Personne ne remarquerait un flic de cinquante-sept ans qui disparaissait dans un trou.
J'ouvris la trappe. Une bouffée d'air froid et humide me gifla le visage, chargée d'odeurs de moisissure, de rat crevé et d'ozone. L'échelle métallique descendait dans l'obscurité comme une invitation à l'enfer.
— Bon, murmurai-je pour moi-même. Si je meurs là-dedans, j'espère que Fracas écrira quelque chose de convenable sur ma pierre tombale. Genre : "Il est mort comme il a vécu : en se demandant pourquoi il avait choisi ce métier."
Je descendis.
L'échelle était glissante, couverte d'une pellicule visqueuse qui ne devait rien à l'eau de pluie. Mes mocassins dérapaient sur les barreaux. L'obscurité m'enveloppa comme une couverture de plomb. Au bout de quinze mètres — ou peut-être cinquante, impossible à dire dans le noir — mes pieds touchèrent le sol.
Un tunnel de service s'étendait devant moi, éclairé par des néons intermittents qui grésillaient comme des œufs au plat dans une poêle trop chaude. Des tuyaux couraient le long des murs de béton. De l'eau gouttait quelque part dans les profondeurs avec la régularité d'une horloge de torture chinoise.
Je sortis ma lampe torche. Allumai. Le faisceau découpa l'obscurité grasse.
Je marchai. Cent mètres. Puis deux cents. Le tunnel sentait de plus en plus mauvais, comme si la ville entière déversait ses secrets ici. Au détour d'un coude, le tunnel s'élargit. Une porte blindée m'attendait, taguée de couleurs vives — des graffitis qui représentaient des pieuvres stylisées, des lignes de code informatique, et un slogan : « NEMO NOUS REGARDE ».
Charmant. Vraiment charmant.
La porte s'ouvrit avant même que je ne frappe. Quelqu'un m'attendait.
— Entre, Commissaire. Et essuie tes pieds, c'est pas une porcherie ici.
La voix était féminine, rauque, assurée. Une voix qui avait l'habitude de donner des ordres et de ne pas être contredite.
Je pénétrai dans ce qui ressemblait au centre de contrôle de la NASA, si la NASA avait été installée dans une cave à vin par des punks anarchistes. Des dizaines d'écrans tapissaient les murs de briques humides, affichant des lignes de code qui défilaient comme des cascades de chiffres verts, des flux de caméras de surveillance de toute la ville, et des graphiques boursiers qui montaient et descendaient au rythme d'une crise cardiaque.
Au centre, assise dans un fauteuil de gamer usé jusqu'à la corde, une femme me tournait le dos. Elle tapait sur un clavier avec la fureur d'un pianiste de jazz sous amphétamines.
Elle pivota.
Sonia "La Diode" Kervadec. Je la reconnus immédiatement. J'avais sa fiche au commissariat. Hackeuse éthique. Activiste anti-gentrification. Plusieurs arrestations pour intrusions informatiques, toujours relâchée faute de preuves tangibles. Cheveux violets coupés ras, piercings multiples aux oreilles et au nez, un tatouage de circuit imprimé qui courait le long de son bras gauche comme un arbre technologique. Elle portait un t-shirt noir délavé avec l'inscription : « ROOT ACCESS OR DEATH ».
Elle me scruta de haut en bas avec un regard d'acier trempé qui vous scannait jusqu'à l'âme et trouvait probablement votre mot de passe Wi-Fi au passage.
— Alors, c'est vous le fameux Commissaire Fatum ? dit-elle avec un sourire en coin. Hector "Le Menhir". Vous êtes plus vieux que sur les photos. Et plus gros.
— Et vous, vous êtes plus bavarde qu'une mouette rieuse. C'est vous qui m'avez envoyé le message ?
— Évidemment. Qui d'autre ? Le Père Noël ?
Elle se leva. Petite — un mètre soixante tout mouillée — mais dégageant une énergie électrique qui donnait l'impression qu'elle pouvait court-circuiter un transformateur rien qu'en le regardant. Elle portait un jean troué et des Doc Martens couvertes de stickers : Anonymous, Wikileaks, et un autocollant "I ♥ HTTPS".
— Vous enquêtez sur Aristide Valmont, continua-t-elle en se dirigeant vers ses écrans. Vous cherchez "Nemo". Mais vous ne savez même pas ce que c'est. Vous êtes comme un aveugle qui cherche un chat noir dans une pièce sombre où il n'y a pas de chat.
— Jolie métaphore. Vous l'avez trouvée sur un biscuit chinois ?
Elle eut un rire bref.
— J'aime bien. Du répondant. C'est mieux que les flics lobotomisés qui me tombent dessus habituellement. Asseyez-vous, Commissaire. On a à parler.
Je regardai autour de moi. Il n'y avait qu'un tabouret bancal. Je m'assis. Le tabouret grinça sous mon poids comme une victime de torture médiévale.
Sonia tapa une commande sur son clavier. L'écran principal afficha le logo de la pieuvre que j'avais vu sur la puce. La même pieuvre qui enserrait un globe terrestre avec ses tentacules.
— Valmont n'était qu'un pion, commença-t-elle. Un idiot utile. Il croyait construire une ville intelligente. Optimiser les flux. Anticiper les besoins. Une belle utopie technocratique. Sauf que l'utopie, Commissaire, c'est toujours la cage dorée de quelqu'un d'autre.
— Expliquez-vous. Et essayez de faire simple, je suis allergique au jargon de geek.
Elle me jeta un regard amusé.
— D'accord. Version pour les nuls. Le projet L.U.N.E., c'est une façade. Un écran de fumée numérique. La vraie finalité, c'est la récolte massive de données biométriques et comportementales. Chaque caméra de surveillance, chaque feu rouge intelligent, chaque borne Wi-Fi publique à Nantes est un capteur. Ils enregistrent tout. Vos déplacements. Vos achats. Vos habitudes. Si vous portez une montre connectée, ils ont vos rythmes cardiaques. Si vous payez par carte, ils savent ce que vous mangez. Si vous prenez le tramway, ils connaissent vos horaires.
— Et alors ? C'est le monde moderne, ma petite dame. Big Brother est devenu Big Data. On le sait tous. C'est dans les conditions d'utilisation que personne ne lit.
— Non.
Elle se pencha vers moi, les yeux brillants d'une colère froide.
— C'est pire. Ces données ne sont pas seulement stockées. Elles sont traitées. Analysées. Et vendues. À des courtiers en influence. À des compagnies d'assurance qui ajustent vos primes selon vos habitudes. À des agences de publicité qui manipulent vos choix. Et pire… à des états étrangers.
Elle tapa une nouvelle commande. L'écran afficha un schéma de flux de données. Des flèches partaient de Nantes vers… la Chine. La Russie. Des Émirats.
— Valmont l'a découvert il y a trois semaines. Il a trouvé une backdoor dans le code source. Une porte dérobée qui envoyait tout vers des serveurs sécurisés à l'étranger. Des copies complètes. En temps réel.
Je sentis ma mâchoire se crisper. Une vente massive de données citoyennes à des puissances étrangères. De l'espionnage de masse déguisé en modernité urbaine.
— C'est là que ça devient intéressant, continua Sonia. Le serveur relais n'est pas en Chine. Il est ici. À Nantes. C'est ça, "Nemo". C'est pas une personne. C'est un serveur maître. Le cerveau de la pieuvre. Celui qui centralise tout avant de redistribuer. Et quelqu'un le contrôle. Quelqu'un qui se cache au cœur du système.
— Et vous savez où il est, ce serveur ?
Elle eut un rire sans joie.
— Si je le savais, Commissaire, je l'aurais déjà fait sauter. Mais Valmont le savait, lui. Ou du moins, il avait une piste. C'est pour ça qu'ils l'ont tué.
Elle s'approcha de moi. Son visage à quelques centimètres du mien.
— La puce que vous avez trouvée sur lui… C'est une clé de cryptage physique. Sans elle, impossible d'accéder à Nemo. Avec elle… on peut tout arrêter. Ou tout détruire.
Je la regardai fixement. Comment savait-elle pour la puce ? Personne n'était au courant à part le Dr. Poussin, Félix et moi.
Elle dut lire dans mes pensées, parce qu'elle sourit.
— Ne jouez pas à ça avec moi, Commissaire. J'ai piraté le rapport d'autopsie cinq minutes après que le légiste l'ait tapé. Vos systèmes informatiques sont aussi sécurisés qu'une porte de jardin avec un cadenas en chocolat.
— Génial. Vraiment génial. Donc vous savez tout.
— Presque tout. Ce qu'il me manque, c'est le lieu. Valmont parlait d'un rendez-vous près de la grue Titan. Mais le serveur a besoin d'énergie. Beaucoup d'énergie. Et de refroidissement. Ces machines-là chauffent comme des centrales nucléaires miniatures.
Elle se tourna vers ses écrans, affichant une carte thermique de la ville. Des zones colorées indiquaient les pics de consommation électrique.
— Regardez ça. Île de Nantes. Quartier de la Création. Il y a un pic de consommation anormal sous le Hangar à Bananes. Officiellement, c'est pour les frigos des restaurants et les systèmes de climatisation des boîtes de nuit. Mais c'est trop stable. Trop constant. Et trop élevé pour de simples équipements commerciaux.
— Vous pensez que le serveur est là-bas ? Sous les bars et les restaurants ?
— C'est l'endroit idéal. Un quartier touristique. Beaucoup de passage. Beaucoup de bruit. Personne ne fait attention à une consommation électrique bizarre. Et les caves sous le Hangar à Bananes sont anciennes, profondes, reliées aux anciens tunnels portuaires.
Je me levai. Marchai vers l'écran. Observai la carte thermique. Elle avait raison. Le pic était là, constant, comme une fièvre technologique.
— D'accord. Admettons. On a une localisation approximative. Maintenant, comment on y accède ? Et surtout, qui est derrière tout ça ? Qui contrôle Nemo ?
— Ça, Commissaire, c'est votre boulot. Moi, je suis une hackeuse. Je m'occupe des machines. Vous, vous vous occupez des humains. Mais je peux vous dire une chose : cherchez dans la liste que Valmont a planquée sur sa clé USB. Celle des corrompus. Le chef est là-dedans. J'en mettrais ma main à couper.
Je pensai au Préfet de Larminat. Premier nom sur la liste. Assez haut placé pour protéger le système. Assez corrompu pour le vendre.
Soudain, une alarme stridente retentit dans le QG souterrain. Les écrans virèrent au rouge. Des messages d'alerte s'affichèrent partout : « INTRUSION DÉTECTÉE » — « SIGNAL TRACÉ » — « SYSTÈME COMPROMIS ».
— Merde ! jura Sonia en se jetant sur ses claviers. Ils nous ont trouvés !
— Qui ça, "ils" ?
— Les nettoyeurs ! La milice privée de Nemo ! Ils ont tracé votre téléphone, Commissaire ! Je vous avais dit de venir seul, pas de venir avec une balise GPS dans la poche !
— Je l'ai éteint !
— Ça ne suffit pas, putain ! Il faut enlever la batterie ! Les smartphones modernes sont TOUJOURS traçables ! Vous êtes vraiment d'une autre génération !
La porte blindée trembla sous un coup de bélier. Puis un autre. Le métal grinça.
— Par là ! hurla Sonia en désignant une trappe au sol. Ça mène aux égouts pluviaux ! On peut ressortir rue de l'Évêché si on bouge vite !
— Et vos données ? Vos ordinateurs ?
— Tout est crypté ! Et j'ai un protocole d'autodestruction ! Maintenant, BOUGEZ-VOUS !
Elle appuya sur une séquence de touches. Les écrans se mirent à clignoter. Une voix synthétique annonça : « EFFACEMENT EN COURS. 30 SECONDES. »
La porte céda dans une gerbe d'étincelles. Trois types en noir, casqués, armés de fusils d'assaut, se déversèrent dans le QG comme des cafards sortant d'un nid.
— POLICE ! criai-je en dégainant mon arme de service. JETEZ VOS ARMES !
Ils se mirent à rire. Un rire métallique, amplifié par leurs casques.
— La police ? fit l'un d'eux. Vous êtes mignon, Commissaire. Mais ici, la police, c'est nous.
Ils levèrent leurs armes.
Sonia me poussa violemment. J'ouvris la trappe. Sautai dans le trou noir au moment où les balles commençaient à siffler au-dessus de nos têtes.
La chute dura trois secondes qui me parurent trois heures. Je m'écrasai dans de l'eau glacée et puante. Mes poumons se comprimèrent. J'avalai une gorgée de cette merde liquide et manquai de vomir immédiatement.
Sonia atterrit à côté de moi avec un splash retentissant. Elle se redressa, crachant, jurant en trois langues.
— Courez ! Il faut sortir avant qu'ils descendent !
Nous courûmes. Enfin, "courir" est un grand mot. Nous pataugeâmes dans l'eau qui nous arrivait aux genoux, glissant sur des surfaces visqueuses que je préférais ne pas identifier. L'odeur était épouvantable. Un mélange de méthane, de rat crevé et de regrets existentiels.
Derrière nous, des cris. Des lampes torches qui balayaient l'obscurité. Des ordres aboyés.
— Ils descendent ! souffla Sonia. Par là ! À gauche !
Nous bifurquâmes dans un tunnel latéral. Plus étroit. Plus sombre. L'eau montait. Des rats fuyaient devant nous en couinant d'indignation.
— Combien de temps avant la sortie ? haletai-je, mes poumons en feu.
— Deux cents mètres ! Peut-être trois cents ! Je sais plus ! C'est pas comme si j'avais un GPS dans cette merde !
Les lampes torches se rapprochaient. Des voix résonnaient dans les tunnels.
— Ils sont là ! Je les vois !
Des coups de feu. Les balles ricochèrent sur les parois de béton avec des sifflements aigus. Une balle passa à vingt centimètres de ma tête. Je sentis le déplacement d'air.
— MERDE !
Sonia plongea dans un conduit latéral. Je la suivis. Le conduit était si étroit que je dus ramper. L'eau me montait jusqu'au menton. Mes vêtements étaient trempés, lourds comme du plomb.
Finalement, après ce qui me parut une éternité, je vis une lueur. Grise. Faible. Mais une lueur.
Une grille. Une sortie.
Sonia donna un coup de pied dedans. La grille résista. Elle donna un deuxième coup. Un troisième. La grille céda dans un grincement rouillé.
Nous nous extirpâmes du conduit comme des vers de terre fuyant un déluge.
Nous étions rue de l'Évêché. Une petite rue pavée, déserte à cette heure. La pluie tombait. Nous étions couverts de boue, de merde, et de désespoir liquide.
Je m'effondrai contre un mur, haletant.
— Bon… Dieu… articulai-je entre deux inspirations. C'est… officiellement… le pire… rendez-vous… de ma carrière.
Sonia, à côté de moi, essorait ses cheveux violets. Elle avait l'air d'une punk rock sortie d'un marécage.
— Bienvenue dans ma vie, Commissaire. Maintenant, vous comprenez contre quoi on se bat.
Je me redressai tant bien que mal. Regardai autour de moi. Pas de mercenaires. Pas de sirènes. Juste la pluie et le silence.
— Où on va maintenant ? demanda Sonia. Vous avez une planque ?
Je réfléchis. Le commissariat était compromis. Mon appartement probablement aussi. Mais il y avait un endroit. Un endroit hors-réseau. Un endroit où personne ne viendrait nous chercher.
— On va chez ma mère, dis-je.
Sonia me regarda comme si je venais de lui proposer d'aller sur Mars.
— Pardon ?
— Vous avez bien entendu. On va chez ma mère. À Chantenay. Elle a une maison des années 70. Pas de Wi-Fi. Pas d'ordinateur. Pas de téléphone portable. C'est le seul endroit de Nantes qui est encore au XXe siècle. Ils ne nous trouveront jamais là-bas.
Sonia hésita. Puis haussa les épaules.
— D'accord. Votre mère. Pourquoi pas. Ça peut pas être pire que les égouts.
Je souris malgré moi.
— Vous ne connaissez pas ma mère.
Nous commençâmes à marcher, couverts de boue, trempés jusqu'aux os, ressemblant à deux zombies sortis d'un film de série Z.
L'enquête venait de prendre un nouveau tournant.
Et moi, Hector Fatum, j'allais devoir expliquer à ma mère pourquoi je débarquais chez elle à vingt heures passées avec une hackeuse punk couverte de merde d'égout.
Ça promettait d'être une soirée mémorable.